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Sensibilisation   Préjugés | 5 min. temps de lecture

Hamza, la solitude perdue, le sourire retrouvé

Conscient d’une obésité qui l’isole, ce jeune lyonnais a décidé de prendre son destin en main. Après trois interventions chirurgicales, il est déterminé à vaincre ce qu’il décrit comme une addiction au sucre. Objectifs : améliorer sa santé et prendre enfin la vie du bon côté.

Il retrouve la bonne humeur de ses années lycéennes, Hamza. A 37 ans, cet agent de sécurité de la région lyonnaise a pris le chemin d’une salle de sport. A la fois pour tenter de perdre ses kilos en trop, mais surtout pour vaincre sa timidité et reconstituer une vie sociale trop longtemps abandonnée. « L’obésité, c’est un obstacle dans la vie. C’est mon problème majeur. On ne choisit pas son corps. Mais derrière chaque femme ou chaque homme obèse se cache une personne très agréable », assure en souriant celui qui a quitté l’Algérie en 2011 pour suivre, en France, un cursus universitaire en management.

Son obésité, Hamza la combat avec opiniâtreté. Le mal de dos, les varices et l’essoufflement lui ont fait prendre conscience de sa maladie. Déterminé à prendre son destin en main, il s’est adressé à son médecin traitant qui l’a dirigé vers des professionnels de santé impliqués dans la perte de poids. 

Soutenu par des nutritionnistes, un psychologue et un addictologue, Hamza a intégré un parcours de soins qui l’a conduit à trois reprises vers la chirurgie en l’espace de huit ans.  « Durant toute cette période, mon poids a varié, mais je suis passé de 160 kilos à moins de 140 aujourd’hui ». 

Mais il sait aussi que cette victoire ne sera complète qu’en maîtrisant ce qu’il appelle son addiction au sucre. « Dès mon plus jeune âge, mes parents m’ont toujours récompensé en m’offrant des bonbons et des gâteaux. A 12 ans, comme je vivais dans un quartier difficile, j’étais souvent enfermé chez moi. 

Les études, les jeux vidéo, le grignotage… j’ai pris beaucoup de poids, mais j’étais le chouchou de l’école… », plaisante-t-il en se souvenant, qu’à l’époque, il n’avait pas de petite copine, contrairement à ses camarades.

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« Travail de nuit, troubles alimentaires, manque de relations sociales »

-Hamza

Au plan affectif, la vie de Hamza n’a pas beaucoup changé. « Je suis devenu quelqu’un de solitaire » constate-t-il en grimpant les cinq étages de son immeuble sans ascenseur. Le regard accusateur des passants l’a contraint à s’isoler un peu plus. « Soit je reste chez moi, soit je reste dans des endroits avec peu de monde ». 

Son travail de nuit comme expert en vidéosurveillance ne l’aide pas à élargir le champ de ses relations. Pour passer encore plus inaperçu, il se couvre de vêtements noirs. « C’est un camouflage. D’ailleurs, je déteste l’été parce qu’on ne peut pas cacher son corps. Dans ma tête, je me dis que je ne suis pas présentable par rapport aux autres personnes. »

Au quotidien aussi, ce sentiment de culpabilité l’affecte. « Quand je suis assis dans le métro, une deuxième personne ne peut pas avoir accès à la place d’à côté. Comme je suis quelqu’un de sensible, cela va gâcher toute ma journée, voire ma semaine. Du coup, je reste debout pour ne pas gêner les autres », explique Hamza.

« Ne pas montrer mon visage par pudeur. C’est trop tôt. »

-Hamza

Face à ce malaise ressenti doublé d’une discrétion forcée, Hamza multiplie les efforts pour moins souffrir. Et mieux s’accepter. 

Sa participation à une exposition photo à Lyon (1), son engagement dans la campagne de sensibilisation contre les préjugés lancée par Novo Nordisk (2) et son désir de pratiquer une activité physique ludique et socialisante lui permettent de retrouver de la confiance en soi. « Je sais que je ne passe pas inaperçu. Avant, je cherchais le regard des gens pour voir leur réaction, aujourd’hui beaucoup moins. Je me sens mieux. Il faut être sûr de soi, ne pas prêter attention à ce qu’ils disent ou pensent. » D’autant que Hamza n’est pas homme à éviter les responsabilités. « Je ne jette pas la faute sur les autres. Dans mon cas, le sucre est comme une drogue. Un refuge. En tant qu’adulte, je dois assumer le fait de moins en consommer », insiste-t-il. Mieux : il espère que son témoignage permettra de placer la question de l’équilibre alimentaire au coeur de l’éducation des enfants.

Toujours suivi par des professionnels de santé attentifs à l’évolution de sa pathologie, Hamza vient de franchir un cap heureux. Depuis longtemps inscrit dans une salle de sport sans jamais vraiment y mettre les pieds, il pratique désormais l’aquabike avec régularité et s’exerce aux activités aérobiques. « Alors que j‘étais plutôt habitué à entendre le mot ‘’hippopotame’’ ou ‘’éléphant’’, je me rends compte que l’entourage est bienveillant. Plusieurs personnes sont venues me voir pour m’encourager. Cela m’a mis à l’aise et me motive pour continuer. Je n’ai pas senti de préjugés chez eux ». C’est sûr, la solitude de Hamza a perdu le sourire. Lui a retrouvé le sien. 

 

 

Propos recueillis par Philippe Saint-Clair

Références

(1) Le corps gros #métamorphoses, Bibliothèque 1er arrondissement, 7, rue Saint-Polycarpe, Lyon. Du 1er février au 12 mars 2022.

(2) La campagne de sensibilisation Novo Nordisk « Les préjugés ne soignent pas l’obésité » sera visible du 28 février au 6 mars 2022 dans 300 emplacements du réseau des transports franciliens.

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