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Prises en charge | 5 min. temps de lecture

« En Île-de-France, Romdes œuvre pour une prise en charge globale de l’obésité »

Les établissements de santé cités dans cet article ne représentent pas l’exclusivité des établissements dans la région.

Centre de ressources régional en Île-de- France, le réseau de santé Romdes est spécialisé dans l'obésité adulte. 
Fondatrice et présidente de cette structure d’accompagnement, le docteur Jocelyne Raison fait le point sur les étapes essentielles du parcours de soins.

Vers qui peuvent se tourner les personnes en situation d’obésité qui vivent dans la région Île-de-France ?

Pour le grand public, la prise en charge de l’obésité pour les adultes en 
Île-de-France est difficile à voir et, parfois, à comprendre. C’est d’autant plus difficile dans cette région que cette prise en charge s’adresse, selon la dernière enquête épidémiologique Obepi-Roche 2020, à près de 2 millions de personnes en situation d’obésité. 
De plus, ces personnes sont cachées. Le pourcentage de 16% à 17% de la population concernée n’est pas réparti uniformément sur le territoire. 
La problématique de l’Île-de-France, c’est qu’il existe des territoires prioritaires dans lesquels on retrouve des niches où la prévalence de l’obésité est majeure. 

Où retrouve-t-on ces niches ?

Elles se situent souvent dans les villes nouvelles, essentiellement localisées dans la grande couronne. Ces lieux ont des points communs : difficulté pour marcher ou se promener à l’extérieur, éloignement des transports pour se rendre au travail, niveau moyen de revenus faible, population peu diplômée et en difficulté pour trouver un emploi. 
Ces personnes sont souvent en situation de précarité sociale, économique et psychique.

 

Existe-il un profil type ?

Oui, ce sont le plus souvent des femmes, avec une moyenne d’âge de 
45 ans, qui sont confrontées à des situations sociales difficiles, élèvent seules leurs enfants et cherchent bien souvent un emploi. Elles sont souvent déprimées, souffrent en moyenne de trois pathologies et ont un IMC qui peut aller de 35 à 60.

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Quelles sont les pathologies que vous voyez le plus souvent chez ces personnes en situation d’obésité ?

D’abord l’hypertension, puis la dépression. Elles souffrent aussi d’apnée du sommeil, de diabète et d’arthrose des genoux. 

 

A qui ces personnes en situation d’obésité doivent-elles s’adresser pour être accompagnées ?

En Île-de-France, il n’existe pas suffisamment de ressources professionnelles pour assurer cette prise en charge. D’abord, il y a la réalité des déserts médicaux ; ensuite le médecin traitant, bien souvent débordé, n’est pas toujours formé aux problématiques de l’obésité. Prendre en charge une personne qui a une maladie chronique comme l’obésité, ce n’est pas facile du tout. 
Face à cette situation, nous avons donc créé le réseau Romdes qui a pour mission de rassembler, de fédérer et former tous les professionnels de santé de l’Île-de-France qui sont géographiquement à proximité des niches où la prévalence de l’obésité est très importante.

 

Que signifie Romdes ?

Romdes signifie Réseau obésité multi-disciplinaire des départements de l’Essonne et de la Seine-et-Marne. Il a été créé en 2001. 
En 2014, il est devenu régional en couvrant tous les départements franciliens. Aujourd’hui, ce réseau Romdes répond à un besoin de lisibilité et d’organisation des soins à l’échelle du territoire et de la proximité des gens. 
Il est constitué d’équipes de santé de proximité qui ouvrent les portes du parcours de soins aux patients.

Romdes est-il directement accessible aux personnes en situation d’obésité ?

Bien sûr, il suffit de se rendre sur le site internet pour avoir les coordonnées de Romdes, dont le siège social se trouve à Grigny, dans le département de l’Essonne. Nous recevons des appels téléphoniques de personnes en situation d’obésité qui sont désemparées, qui ne savent pas par quel bout commencer, qui vivent dans des conditions sociales et économiques difficiles et qui n’ont pas les moyens de se payer une consultation de diététique.

 

Une fois que le contact a été établi, quelle est la première étape ?

La coordinatrice de parcours de soins qui prend l’appel téléphonique va effectuer une première évaluation de la situation. Elle demande à cette personne ses besoins, ses attentes et tente de définir un premier profil médical en fonction de sa trajectoire de vie. Forts de ces éléments, nous organisons une réunion de concertation pluridisciplinaire avec une diététicienne, un psychologue, un enseignant en activité physique adapté et moi-même en qualité de médecin. Nous nous mettons en lien avec le médecin traitant et, ensemble, nous orientons la personne en fonction de ce premier entretien vers ce qui nous paraît la meilleure option. 

 

C’est-à-dire ?

Cela passe par une équipe de santé pluri-professionnelle. Nous mettons tout en œuvre pour impliquer plusieurs disciplines médicales et paramédicales autour du patient. Nous répondons aux attentes des personnes qui souhaitent, par exemple, gérer leurs émotions ou apprendre à mieux contrôler leur comportement alimentaire. Dans le premier cas, nous allons orienter la personne vers un psychologue. Dans le second, nous orientons la personne vers une diététicienne, avec la possibilité d’une aide psychologique également. Dans tous les cas, ils font partie des professionnels du réseau Romdes. Cela signifie qu’on les connaît bien, que nous les avons formés à la question de l’obésité, qu’ils ont partagé d’autres expériences avec nous, participé à des colloques, qu’ils ont été confrontés à des cas compliqués… 
En règle générale, tous les professionnels qui travaillent avec nous maîtrisent le sujet de l’Education thérapeutique du patient et sont impliqués dans nos différentes actions éducatives. Si la demande relève de l’activité physique, nous orientons le patient vers un éducateur en activité physique adaptée. Pour les personnes qui se trouvent en situation de précarité, nous pouvons les aider financièrement en payant la consultation diététique à la diététicienne par le biais des prestations dérogatoires.

Les patients sont donc suivis par plusieurs professionnels de santé à la fois… 

Absolument, nous sommes soucieux d’installer pour chaque personne une prise en charge globale. Au fil du temps, et en fonction des retours des professionnels de santé, nous cherchons à réaliser une prise en charge multidisciplinaire. Notre mission consiste à faciliter l’inter-relationnel entre la diététicienne, la psychologue et l’éducateur en activité physique adaptée afin que ces trois branches soient travaillées, en plus de l’aspect médical qui relève du médecin traitant. 

 

Combien de temps dure un parcours de soins pour le patient ?

En règle générale, le parcours dure un an. Mais il arrive que des patients soient suivis au long cours pendant six ou sept ans. Ils représentent à peu près 10% de notre patientèle. Ils nous aident également à porter la bonne parole et ils facilitent le recrutement de personnes en situation d’obésité qui se trouvent dans leur proximité et n’osent pas se manifester.

 

Au-delà du suivi réalisé par la coordinatrice de parcours, comment vous et votre équipe suivez-vous l’évolution sanitaire de chaque patient ?

Toutes les informations entrées notre système informatique par la coordinatrice de parcours sont répertoriées de manière sécurisée. Cela nous permet de partager les critères d’évaluation avec tous les acteurs du parcours de soins et de suivre les patients au fil de l’eau. Nous suivons les critères de santé comme le poids, le diabète, l’apnée du sommeil, etc., mais nous suivons également des indicateurs plus spécifiques comme, par exemple, l’estime de soi, la santé physique, la santé psychique, la santé sociale… Nous veillons aussi à l’alimentation émotionnelle à travers une étude de profil de comportement alimentaire. Nous suivons également l’activité physique afin de savoir si la personne est sédentaire, active sur le plan professionnel ou active dans sa vie quotidienne. On suit donc en permanence le profil médical et le profil éducatif. En fonction des résultats, on oriente la personne tout en respectant les souhaits du patient.

 

Qui gère l’emploi du temps de ces patients ?

C’est la coordinatrice de parcours. Elle explique aux patients comment cela se passe et leur donne tous les contacts en fonction de leur lieu de vie géographique. Elle les suit également dans leurs parcours de soins en faisant des points réguliers avec eux. Ces étapes sont importantes, car elles permettent de voir si le patient se sent bien, s’il s’implique ou si, au contraire, il a besoin d’être assisté plus fortement. Nous pouvons également distiller des actions complémentaires en présentiel ou en numérique. Par exemple, nous organisons des groupes de parole ou des ateliers d’activité physique adaptée afin d’obtenir une analyse de leur condition physique et de leur motivation. Nous les accompagnons aussi à travers des programmes d’éducation thérapeutique grâce à des structures à exercice collectif qui existent en Île-de-France. Le plus souvent, ce sont des maisons de santé pluri-professionnelles. On s’appuie aussi sur des centres municipaux de santé.

Quel est le bénéfice pour le patient ?

On retrouve dans ces structures notre équipe avec le médecin, la diététicienne, la psychologue, l’enseignant APA, le kinésithérapeute et l’infirmière. Ces professionnels sont intéressés par le fait de travailler ensemble, car, dans leur secteur géographique, il existe un grand nombre de patients qui ont besoin d’aide. Ensemble, ils organisent un parcours de proximité efficace et bénéfique pour la santé des patients.

 

Vous évoquez également la dimension numérique pour venir en aide aux personnes souffrant d’obésité. Quelle est-elle ?

Nous avons mis ces actions numériques en place à l’occasion de la Covid, car beaucoup de patients se retrouvaient, notamment lors des confinements, totalement isolés. En mars 2020, l’Agence régionale de santé nous a demandé de monter une doctrine en Île-de-France pour éviter qu’il y ait une rupture de parcours de ces personnes pendant cette crise. Nous avons donc créé une plateforme éducative. Dans sa structuration, dans ses contenus et ses développements, elle a été co-construite par l’ensemble des réseaux régionaux d’Île-de-France qui s’occupent des maladies chroniques et métaboliques. Grâce à cette collaboration entre les réseaux du coeur, du rein, du diabète et de l’obésité, nous avons pu ouvrir des actions éducatives collectives qui se sont pérennisées au fil du temps, comme par exemple des groupes de parole. 
Aujourd’hui,  ces programmes à distance existent toujours. Ils ont pour principal intérêt la sensibilisation à travers des ateliers de groupes qui permettent d’informer et d’inciter la personne à se diriger vers la prise en charge multidisciplinaire.

 

Pourquoi est-ce si important de participer à des groupes de parole ? 

Le groupe de parole, c’est l’échange, la communication, la non-solitude. 
Cela aide les personnes qui nous pas tout compris dans leurs problèmes de poids à mieux appréhender leur maladie et les ressorts qui provoquent leur prise de poids. Lors des groupes de parole, les patients discutent de leurs problèmes, trouvent ensemble des solutions. Ces échanges les incitent à se faire soigner et à préserver un lien social.

 

Combien de patients le réseau Romdes a-t-il aidés ?

Depuis la création de Romdes, on suit en moyenne 1 000 patients par an, cela signifie qu’on a vu passer plus de 20 000 patients, mais c’est finalement peu au regard de l’ampleur du problème de l’obésité en
Île-de-France.
Ce qui nous anime depuis toujours, c’est de permettre l’accès à ce type de prise en charge à tout le monde. Mais on se rend bien compte que c’est difficile à la fois pour des raisons de lisibilité, de visibilité et d’accessibilité.

 

Philippe Saint-Clair

Références

Une vie consacrée à soigner l’obésité

 

Interne des Hôpitaux de Paris depuis 1977, médecin en nutrition depuis 1982, le docteur Jocelyne Raison pilote le réseau de santé Romdes depuis 2001, date de sa création. 

Spécialiste des obésités et des maladies chroniques, ce praticien a, tout au long de sa carrière médicale, travaillé sur le thème de l’obésité dans la région Île-de-France. 
En 1997, elle a lancé un centre de nutrition multidisciplinaire en libéral à Paris avec un psychologue, une diététicienne, un chirurgien esthétique et un cardiologue.
Responsable d’un service de soins de suite spécialisé obésité au centre hospitalier  Frédéric-Henri Manhès à Fleury-Mérogis de 1998 à 2021, elle consacre désormais son temps et son énergie à l’activité de Romdes et au projet GPSO (Gestion du parcours de santé dans l’obésité) qui, à terme, devrait permettre au réseau de santé d'expérimenter l'élargissement de sa population cible aux personnes en situation d'obésité, ne relevant pas des critères de sévérité et/ou de situation complexe. 
La GPSO prévoit un parcours structuré de prise en charge globale de l'obésité de proximité, ancré sur un maillage territorial et de premier recours tel que recommandé dans la feuille de route obésité. 

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