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Parlons de poids : il est temps de changer la façon dont nous abordons la prise en charge de l’obésité

Le COVID-19 a placé l’obésité à l’ordre du jour des soins de santé et a souligné l’urgence de repenser la façon dont nous percevons et traitons cette maladie. Bien que de nombreux progrès aient été réalisés dans le domaine de la régulation du poids et pour faire évoluer les options de traitement de l’obésité, discuter du poids avec un prestataire de soins de santé a longtemps été un défi. Mais il y a également une lueur d’espoir dans ce domaine.

« Pourquoi devrais-je écouter ce que vous dites ? En fait, pourquoi devrais-je vous parler tout court ? »

Si ces questions sont dures, en tant que psychologue de la santé travaillant dans le domaine de la prise en charge de l’obésité, elles ne me dérangent pas du tout. En fait, je les trouve très éclairantes.
                    
Une grande partie de mon travail consiste à former des professionnels du domaine de la santé à la prise en charge de l’obésité. Pas l’aspect médical de la prise en charge de l’obésité, mais l’aspect attentionné de la prise en charge de l’obésité.
                    
Dans ce contexte, comment les questions difficiles dont j’ai parlé précédemment sont-elles utiles ? Eh bien, elles exposent un problème majeur concernant le rôle que jouent les professionnels de santé dans la prise en charge de l’obésité. Si votre poids a déjà fait l’objet de discussions lors de vos visites chez un prestataire de soins de la santé, peut-être avez-vous, vous aussi, posé ces questions (à voix plus ou moins haute).

« Le médecin n’est qu’un grain de poussière dans la vie d’une personne, et probablement le premier à être ignoré. Les conseils d’experts peuvent être utiles, mais ils ne contrôlent pas le comportement au fil du temps. »

-Dr. Michael Vallis

Il y a toujours deux façons de voir les choses. Le clivage médecin/patient

Je me retrouve souvent à diriger une session de formation sur la prise en charge de l’obésité devant une salle de 30 ou 40 médecins. Si je pose la question « Pourquoi votre patient devrait-il écouter ce que vous dites ? », j’obtiens en général 3 réponses.
                    
La réponse la plus courante est : « Les patients doivent écouter parce que je suis un expert ». Ce à quoi je réponds en rappelant au médecin qu’il n’est qu’un grain de poussière dans la vie d’une personne, et probablement le premier à être ignoré.
                    
Pensez-y simplement : Vous consultez votre médecin, vous convenez d’un plan, puis vous rentrez chez vous et découvrez que votre conjoint est sceptique et remet en cause les recommandations de votre médecin. A qui donnez-vous satisfaction ? Votre conjoint ou votre médecin ? Exact. Ensuite, vous sortez avec vos amis et ils veulent faire autre chose que ce dont vous et le médecin êtes convenus. Que se passe-t-il ? Donnez-vous satisfaction à votre médecin quitte à finir tout seul, ou donnez-vous satisfaction à vos amis ? Les conseils d’experts peuvent être utiles, mais ils ne contrôlent pas le comportement au fil du temps et ne supplantent certainement pas les relations importantes et les aspects culturels de votre vie.

« Les émotions dominent la logique chez la plupart des êtres humains. »

-Dr. Michael Vallis

Vouloir ou devoir

La deuxième réponse la plus fréquente à cette question est « Mes patients savent qu’ils devraient le faire. » Eh bien, cela soulève le problème de ce qu’on « veut » par rapport à ce qu’on « devrait » faire. En tant qu’êtres humains, nous avons réellement des besoins concurrents. Nous avons un côté émotionnel, basé sur les désirs et motivé par la quête du bonheur. Et nous avons un côté logique qui peut calculer les risques et les avantages. Qu’est-ce qui est plus fort, d’après vous ? Eh oui, les émotions dominent la logique chez la plupart des êtres humains.

Le pouvoir de la motivation intrinsèque

D’accord, alors quelle est la troisième réponse, moins commune ? Le médecin indique que « le patient a des raisons personnelles et significatives de demander mes conseils et de les suivre ». Bingo ! Les êtres humains sont plus susceptibles d’adopter des comportements qui sont cohérents avec leurs croyances et leurs valeurs.
                    
Ainsi, la prise en charge contemporaine de l’obésité repose d’abord sur le questionnement, l’écoute et la compréhension de l’expérience de la personne. À partir de ce point de départ commun, la personne et le médecin peuvent négocier différentes options de prise en charge.

 

« La prise en charge contemporaine de l’obésité repose d’abord sur le questionnement, l’écoute et la compréhension de l’expérience de la personne. »

-Dr. Michael Vallis

Collaborer et rendre autonome

Je raconte cette histoire parce qu’elle illustre le problème auquel j’ai fait allusion ci-dessus. À savoir que le système médical a été conçu pour être un système d’experts dans lequel le médecin est l’expert et vous êtes la personne non informée.
                    
Cette configuration fonctionne pour le service des urgences ou dans la salle d’opération, mais pas quand il s’agit de choix comportementaux que les gens font au quotidien. Dans notre vie, c’est nous qui devons être en charge. Vous avez des enfants ? Quel âge avait votre enfant lorsqu’il ou elle vous a dit pour la première fois « c’est pas toi qui commandes » ? Exactement. Et comment est-ce que je sais que les premiers mots de votre enfant étaient « Non ! » et « C’est moi qui fais ! » et pas « Maman » ou « Papa » ?
                    
Il y a des circonstances où l’on a besoin de soins de santé et de recommandations d’experts basé sur la pédagogie et les instructions, mais ce n’est pas ce qu’exige la prise en charge de l’obésité. La prise en charge de l’obésité nécessite une approche que j’appelle : « Collaborer et rendre autonome ».

« Dans notre vie, c’est nous qui devons être en charge. La prise en charge de l’obésité nécessite une approche que j’appelle : Collaborer et rendre autonome ».

-Dr. Michael Vallis

Approche contemporaine de la prise en charge de l’obésité

Les approches contemporaines de la prise en charge de l’obésité adoptent cette perspective de collaboration et d’autonomisation et se fondent sur le respect, la bienveillance et le soutien à l’expertise personnelle d’une personne. Imaginez que votre médecin vous dise « Vous êtes l’expert de vous-même, et moi j’ai une certaine expertise dans la prise en charge de l’obésité ». Pensez-vous que nous pourrions travailler ensemble pour trouver des solutions qui fonctionnent pour vous ?
                    
Je crois qu’une telle invitation est la seule façon dont les prestataires de soins de santé et les personnes atteintes d’obésité peuvent commencer à collaborer pour mettre en œuvre une prise en charge efficace de l’obésité. Mais malheureusement, très peu de professionnels de la santé en sont conscients.

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Nightmare on ELMM Street » (d’après le titre original du film « Les Griffes de la nuit », ELMM désignant la doxa « Manger moins, bouger plus » [[Eat Less, Move More]).

Il existe un nombre impressionnant de recherches qui montrent que les prestataires de soins de santé font preuve de préjugés et de stigmatisation envers les personnes qui vivent avec l’obésité, qui à leur tour, ne considèrent pas les prestataires de soins de santé comme des sources de soutien.
                    
Et c’est ici que vient se poser la deuxième question que j’ai mentionnée ci-dessus : pourquoi devrais-je vous parler ? Eh bien, si c’est ce que vous ressentez ou si vous avez connu l’expérience d’être jugé par un prestataire de soins de santé, j’aimerais que vous sachiez que le problème ne vient pas de vous. Malheureusement, comme pratiquement tous les membres de la société, les prestataires de soins de santé ont également développé la notion trop simple selon laquelle la perte de poids consiste uniquement à manger moins et à bouger plus.
                    
Tout est lié à la personne ; une équation simple entre l’entrée et la sortie d’énergie. Donc, si vous voulez perdre du poids, mangez moins et bougez plus ; sinon, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez vous. Au sein de la société appelée Obésité Canada, dont je suis membre fondateur, nous avons baptisé ce phénomène « Nightmare on ELMM Street » (d’après le titre orignal du film « Les Griffes de la nuit », ELMM désignant la doxa « Manger moins, bouger plus » [Eat Less, Move More]).

« Sur le plan des conseils de traitement, « Manger moins, bouger plus » est mûr pour la retraite. »

-Dr. Michael Vallis

Le poids n’est pas un comportement

Sur le plan des conseils de traitement, « Manger moins, bouger plus » est mûr pour la retraite. Les preuves abondent indiquant que l’obésité est une pathologie médicale – le risque d’obésité est lié à votre génétique ; l’appétit est complexe et implique plusieurs systèmes cérébraux qui protègent contre la perte de poids ; et la nourriture concerne autant les problèmes sociaux et émotionnels que le poids.
                    
Par conséquent, nous savons que le poids n’est pas un comportement et ne peut pas être contrôlé directement, et que la perte de graisse entraîne des changements neurohormonaux qui augmentent l’appétit, réduisent la sensation de réplétion ; l’organisme essaie de protéger le poids le plus élevé qu’il ait connu.

Un moment pivot pour la profession médicale

Nous nous sommes enfoncés dans un trou très profond. L’état d’esprit du « manger moins, bouger plus » adopté à partir de la publicité a créé des préjugés contre les personnes atteintes d’obésité, préjugés qui sont le fait des prestataires de soins de santé et de la société en général, ainsi que de l’autodénigrement de la part des personnes atteintes d’obésité.
                    
Pour remédier à cette situation, les prestataires de soins de santé vont devoir être formés à la science et à l’éthique de la prise en charge de l’obésité. Au nom de ma profession, je pense que nous devons travailler très dur dès maintenant pour regagner la confiance des personnes atteintes d’obésité. Pourquoi nous donneraient-ils une autre chance si nous ne pouvons pas prouver que nous avons changé ?

« Nous devons reconnaître que nos croyances passées concernant l’obésité et la façon de la traiter étaient fausses, et que nous comprenons maintenant l’obésité différemment.”

-Dr. Michael Vallis

Vers une meilleure prise en charge de l’obésité

Mais si vous avez été victime d’un préjugé lié à l’obésité, il peut être difficile de l’oublier. Je veux insister sur cela. Nous vous avons mal traité. Vous en avez subi les conséquences néfastes.
                    
Vous ne pouvez pas simplement l’oublier. C’est pourquoi j’ai développé un module d’enseignement destiné aux prestataires de soins de santé appelé “La demande de pardon”. Ce que je veux dire c’est que nous devons reconnaître que nos croyances passées concernant l’obésité et la façon de la traiter étaient fausses, et que nous comprenons maintenant l’obésité différemment. Nous en avons la responsabilité et nous reconnaissons que cela a été préjudiciable. Nous vous demandons d’envisager de renégocier votre relation avec votre prestataire en utilisant un nouveau système de croyance.

Plus d’une stratégie de traitement

Puisqu’il s’agit d’une pathologie médicale, tout comme le diabète de type 2, l’hypertension et l’asthme, le traitement de l’obésité nécessite une combinaison de stratégies médicales (chirurgicales si nécessaire) et comportementales.
                    
De plus, les maladies chroniques nécessitent une prise en charge autonome et un soutien à la prise en charge autonome, que la relation entre le médecin et le patient doit apporter. Dans cette relation, vous n’êtes pas passif, et vous n’êtes certainement pas soumis. Vous êtes un partenaire à part égale. Je dis cela parce que je pense que si vous n’êtes pas satisfait des soins que vous recevez, vous avez le droit d’en informer votre prestataire, d’avoir une opinion critique et d’engager une discussion constructive.

« Ne renoncez pas, il existe des prestataires de soins de santé bienveillants qui utilisent une approche collaborative dans les soins de l’obésité ! »

-Dr. Michael Vallis

Tout le monde veut mieux faire

J’ai occasionnellement posé la question suivante aux médecins : « Si votre patient vous ressentait comme moralisateur, méprisant et indifférent, cela vous ébranlerait-il ? »
                    
La réponse que j’obtiens invariablement est un émouvant « Oui, cela me contrarierait absolument ! » Ce qui veut dire que le médecin moyen essaie. C’est une bonne nouvelle et cela me donne de l’espoir. J’aimerais que la phrase : « Lorsque vous dites ce que vous venez de dire, j’ai l’impression que vous me jugez », soit perçue comme une invitation à collaborer.
                    
Si vous n’êtes pas satisfait de la réponse que vous obtenez, alors ce prestataire de soins pourrait ne pas vous convenir. Comme dans d’autres domaines de votre vie, dans la prise en charge de l’obésité, vous devrez peut-être essayer plusieurs médecins jusqu’à ce que vous trouviez le bon..
                    
Ne renoncez pas, il existe des prestataires de soins de santé bienveillants qui utilisent une approche collaborative dans les soins de l’obésité !

Références
  • Vallis M. Are Behavioural Interventions Doomed to Fail? Challenges to Self-Management Support in Chronic Diseases. Can J Diabetes. 2015;39:330–4.
  • Vallis M, Piccinini-Vallis H, Freedhoff Y, Sharma A. A Modified 5 As Minimal Intervention For Obesity Counselling in Primary Care. Can Fam Physician.
  • Vallis M, Lee-Baggley D, Sampalli T, Ryer A, Ryan-Carson S, Kumanan K, et al. Equipping providers with principles, knowledge and skills to successfully integrate behaviour change counselling into practice: a primary healthcare framework. Public Health. 2018 Jan;154:70–8.
  • Vallis M, Lee-Baggley D, Sampalli T, Shepard D, McIssaac L, Ryer A, et al. Integrating behaviour change counselling into chronic disease management: a square peg in a round hole? A system-level exploration in primary health care. Public Health. 2019 Oct;175:43–53.
  • Ryan RM, Deci EL. Self-determination theory and the facilitation of intrinsic motivation, social development, and well-being. Am Psychol. 2000 Jan;55(1):68–78.
  • Forman EM, Butryn ML. A new look at the science of weight control: how acceptance and commitment strategies can address the challenge of self-regulation. Appetite. 2015 Jan;84:171–80.   

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