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Sensibilisation   Préjugés | 5 min. temps de lecture

Il n’y a pas une obésité, mais des obésités !

Sept femmes et deux hommes, tous en situation d’obésité, évoquent leur maladie et les préjugés qu’ils subissent. Même s’ils se font parfois écho, aucuns cas ne ressemblent à l’autre. Aucune trajectoire de vie n’est semblable. La prise en charge passe par un parcours de soins personnalisé et bienveillant.

Il faut casser le moule des idées préconçues : l’obésité (1) n’est pas un choix personnel. Elle ne relève pas non plus d’un manque de volonté. Plus la recherche scientifique progresse, plus la génétique livre ses secrets. Et apporte des réponses, le plus souvent liées à un ensemble complexe d’interactions avec des facteurs environnementaux, sociétaux ou comportementaux.

La preuve par les trajectoires humaines des neuf modèles qui ont posé pour la campagne de sensibilisation lancée par Novo Nordisk (2) contre l’obésité et ses préjugés dans le cadre de la Journée mondiale de l’obésité du 4 mars 2022.

Chacun de ces personnages présente une existence singulière. Individuelle dans sa construction, unique dans son évolution. Car si Claudine, Sheva, Julie, Marie et Jeanne témoignent d’histoires de vie personnelles, toutes un jour marquées par la prise de poids, ces parcours de vie croisent, à bien des égards, les destins d’Anthony, Hamza, Fanny et Sandrine eux aussi confrontés à une obésité cible de préjugés.

Existe-t-il pour autant des points communs à leur obésité ? Les réponses ne peuvent qu’être nuancées au regard de leur cheminement intime. Jeanne, Sandrine, Marie et Sheva, toutes les quatre mamans ont vécu des maternités compliquées. L’une parce que dépassée par l’annonce de la mise au monde d’un enfant, une autre dans le déni de sa grossesse, une troisième souffrant d’une dépression, la dernière, mère de trois enfants, n’a cessé de prendre du poids à chaque choc émotionnel lié aux trois naissances.

Certaines reconnaissent s’être réfugiées dans la nourriture pour surmonter cette étape, d’autres pas. En revanche, toutes ont, un jour ou l’autre, tenté des régimes.

Même intention, même sentence. « Court et drastique ou long et équilibré, les régimes se sont révélés décevant et coûteux », se souvient Jeanne, souvent conseillée par de bonnes âmes qui lui veulent du bien. « Me dire même amicalement que je dois faire un régime ou m’entendre dire par un médecin que je dois avoir une meilleure hygiène de vie relèvent des préjugés », poursuit-elle. D’autant que la soi-disante solution miracle des régimes peut avoir des effets dévastateurs. « Le corps enregistre tous nos comportements et cela peut se retourner contre nous », analyse Julie.

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Un corps qui surréagit à l’angoisse, un autre à la solitude

Marie a souffert des mêmes expériences. « Dans la vie de tous les jours, c’était très difficile. On me conseillait de faire des régimes en m’expliquant que ma fille devait avoir honte que je l’amène à l’école ou que je devais écraser mon mari dans le lit. C’était très douloureux à entendre ». Là encore, l’effet contraire se produit. Telle une spirale infernale, la culpabilisation s’installe et l’enferme dans sa maladie.

Hamza, jeune homme de 37 ans, connaît ce processus par cœur. Pour lutter contre son appétence aux produits sucrés, il a enchaîné les régimes. En vain. Les échecs à répétition conjugués aux reproches et aux mots blessants qui lui étaient adressés l’ont peu à peu conduit vers l’isolement, la solitude. Ce que confirme Anthony, grand gaillard lyonnais de 35 ans. « Je sais que les personnes en obésité peuvent être stigmatisées, en souffrir, vivre dans la solitude de leur maladie ».

Un sentiment partagé par Claudine qui se rappelle une jeunesse marquée par sa difficulté à créer de véritables liens d’amitié. « Mes rondeurs me pénalisaient au plan relationnel et m’écartaient de la facilité de sociabilisation », explique cette quinquagénaire qui plaide la tolérance. Elle a pourtant ressenti son obésité de la manière la plus cruelle. « J’ai découvert mon obésité au travers du harcèlement, de la violence, de la méchanceté, de la jalousie. Aussi bien au niveau scolaire, que familial et professionnel », détaille-t-elle avec lucidité. Jamais victime de trouble alimentaire, elle a grossi au fil du temps. La faute à ses émotions, la faute à un corps qui surréagit à la tension, à l’angoisse.

Cette violence psychologique génératrice de stress, Fanny l’a malheureusement touchée du doigt. « J’ai commencé à prendre du poids à l’âge de 20 ans. Je vivais une situation relationnelle difficile. Je partageais la vie de quelqu’un qui ne supportait pas que je prenne quelques kilos. Son attitude envers moi était méchante, insultante, rabaissante. Ses reproches nont pas aidé à inverser la situation, au contraire, j’ai pris plus de poids. Toutes ces années de violence psychologique m’ont fait prendre plus de 60 kilos. Cette relation est terminée, mais l’engrenage s’est poursuivi ».

Un témoignage qui fait écho aux épreuves traversées par Sandrine. Elle aussi a toujours des problèmes de poids, mais quand survient la séparation avec son conjoint, sa prise de poids devient incontrôlable : « J’ai repris 50 kilos, j’étais en souffrance... »...

« Qui a dit qu’il suffisait de faire du sport pour maigrir ? »

L’activité sportive serait-elle le remède aux maux de l’obésité ?
Anthony pourrait presque s’amuser de cette réflexion en forme de préjugé permanent. Handball, volley, basket, judo, vélo, football... doté d’une farouche volonté de faire bouger son corps, lui qui a un jour flirté avec la barre des 140 kilos, a tout essayé. « Je changeais tous les ans ou tous les deux ans de discipline. J’ai même fait du water-polo, j’aime la randonnée et je continue à nager à la piscine. » Malgré cette intense activité physique, sa morphologie n’a cessé d’évoluer. « Nous ne sommes pas tous égaux devant la nourriture et le poids. Il est très compliqué de lutter et de trouver son équilibre », affirme-t-il.

Un équilibre que Sheva, mais également Julie tentent de trouver en s’adonnant au sport avec intensité. « Qui a dit qu’il suffisait de faire du sport pour maigrir ? », s’interroge-t-elle en toutes lettres sur l’affiche de la campagne de sensibilisation, non sans arborer un air un brin dubitatif.

Depuis des années, Julie, active et déterminée à contrer son poids, se rend régulièrement dans une salle de sport où les regards sont amicaux et compréhensifs. Si côté kilos, la lutte est compliquée, côté préjugés, elle avoue que la discrimination surgit souvent au coin de la rue : « La grossophobie, c’est la phobie des gros. Une phobie c’est la peur de ce que l’on ne connaît pas, de ce que l’on ne comprend pas, martèle Julie. Si le grand public était mieux informé sur l’obésité, je suis sûre que la stigmatisation reculerait et on vivrait dans un monde avec moins de préjugés blessants ».

C’est aussi le sentiment de Hamza qui, depuis peu, se rend dans un lieu pour aérer son esprit et muscler son corps. « Alors que jétais plutôt habitué à entendre le mot ’hippopotame’’ ou ’éléphant’’, je me rends compte que l’entourage est bienveillant. Plusieurs personnes sont venues me voir pour m’encourager. Cela m’a mis à l’aise et me motive pour continuer ». Preuve que la tolérance et le soutien engrangent de meilleurs résultats que les mauvais conseils et autres récriminations.

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Un accompagnement individualisé, respectueux multidimensionnel et pluriprofessionnel

Voilà pourquoi Claudine s’est engagée avec espoir dans la campagne de sensibilisation contre l’obésité et son cortège d’a priori. « Cette initiative pointe du doigt les préjugés liés à l’obésité et ressemble beaucoup à ma vie au travers du sport, de la thérapie, de l’alimentation...Je reconnais ces idées reçues dans les conversations que j’entends, les remarques récurrentes que j’essuie et les regards accusateurs que je croise. »

Sauf que ces avis, aussi tranchés que toxiques pour les personnes en situation d’obésité, relèvent principalement d’une réelle méconnaissance de la maladie. Car cette pathologie complexe et douloureuse mérite un regard plus nuancé. Une approche prévenante et bienveillante.

« Il faut comprendre la différence, plaide Fanny. Les personnes en obésité doivent être acceptées et non plus jugées ». Elle a mille fois raison. D’abord parce qu’il n’existe pas une, mais bien des obésités comme le démontrent les neuf témoins aux parcours de vie bien distincts ; ensuite parce chaque cas est unique. Unique et singulier au point de nécessiter une prise en charge individualisée et respectueuse de chaque patient. Au point aussi d’imaginer un parcours de soins adapté à chaque situation. Au point enfin d’œuvrer à un accompagnement multidimensionnel et pluriprofessionnel qui dépend, en premier lieu, d’une évaluation globale individuelle et familiale.

Propos recueillis par Philippe Saint-Clair

Références

(1) https://www.inserm.fr/dossier/obesite/

(2) La campagne de sensibilisation Novo Nordisk « Les préjugés ne signent pas l’obésité » s’est affichée du 28 février au 6 mars 2022 dans 300 emplacements du réseau des transports franciliens et durant tout le mois de mars 2022 sur les réseaux sociaux.

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